La gestion des populations de chevreuils
Quand pratiquée pour de bonnes raisons, par des gens consciencieux sur leur propre propriété, la gestion des populations de chevreuils, en vertu de la méthode préconisée par la Quality Deer Management (QDM), peut sans aucun doute devenir une expérience très gratifiante.
Cependant, essayer d'implanter cette mesure controversée sur un territoire, aussi vaste que le Québec, est une entreprise risquée considérant que la population de chevreuils a littéralement explosée sous la ''Loi du buck'', comme on l'a connu. Mais comme nous le verrons, dans le cas de plusieurs états américains, l'intérêt d'étendre cette forme de gestion, à l'immense territoire de la province de Québec, entraîne plusieurs interrogations.
D'une
part cette forme de gestion (QDM), est supportée par plusieurs
organismes importants, dont la Fédération québécoise des chasseurs et
pêcheurs, la Fédération québécoise de la faune, la Fondation de la faune
du Québec et la Fondation héritage faune.
D'autre part,
je me questionne sur les effets, qu'aurait l'imposition de restrictions,
quant au nombre de pointes que devrait posséder un chevreuil récolté. La
gestion des populations de chevreuils, que propose nos fédérations,
consiste principalement à protéger les chevreuils mâles de 1.5 et 2.5 années, à récolter un nombre accru de femelles, dans le but de permettre aux
chevreuils mâles de vivre plus vieux, par conséquent de développer un
plus gros panache.
Les tenants de
cette forme de gestion, nous affirment que la génétique des chevreuils de
tout le Québec serait meilleure, que les femelles seraient ''bridées''
juste au bon moment, etc...etc... sans vraiment présenter de preuve. Ils
disent aussi que la récolte des gros panaches, ne serait pas le but
poursuivi. Les on-dits ne suffisent plus.
Nous, les 150 000 chasseurs du Québec, devrions croire, suivre les yeux fermés, ce que nous disent les fédérations qui nous représentent.
Nous, les 150 000 chasseurs du Québec, devrions croire, suivre les yeux fermés, ce que nous disent les fédérations qui nous représentent.
Dans les faits,
ces chasseurs propriétaires terriens ne sont pas satisfaits, de
pratiquer cette forme de gestion, des populations de chevreuils sur leurs
propres terres. Ils ressentent le besoin
de forcer tous les chasseurs du Québec, à les suivre dans leurs
obsessions égocentriques, de récolter des chevreuils-trophées, à chaque année.
Comme chasseur
libre, comme chroniqueur totalement indépendant, je ne peux me
résoudre à suivre, qui que ce soit les yeux fermés. Cet article va vous
expliquer pourquoi.
La chasse est une expérience personnelle
La chasse au
chevreuil, doit toujours rester une expérience personnelle. Quand vient
le temps de décider, quel genre de chevreuil, je choisis de récolter, les
raisons qui motivent mon choix peuvent changer, de saison de chasse en
saison de chasse. Ce que les promoteurs de ce genre de gestion, des
populations de chevreuils tentent de faire, c'est de pousser le
gouvernement, à adopter des
réglementations susceptibles, de satisfaire la poursuite de leurs
objectifs, mais aussi selon mon opinion, de nuire irrémédiablement au
sport de la chasse en général.
La publicité
dans les magazines, ainsi que la tournée des soirées de chasse et pêche
au Québec, ont pour conséquence de favoriser la culture du panache, sous
toutes ses formes. Cette espèce de dépendance égocentrique, de récolter
le panache le plus imposant possible, est devenue un véritable problème
d'éthique, même si ce n'est pas le but poursuivi, par les magazines et
les organisateurs de ces soirées.
Je ne vois rien de mauvais, dans le fait d'être un chasseur de gros panache, en autant que ce soit légal, que ce chasseur n'essaie pas d'imposer sa vision des choses, à tous les chasseurs de la province.
Les histoires que personne ne mentionne
Quand on parle
de gestion de populations de chevreuils, on touche à un sujet sensible,
que ce soit au Canada où aux États-Unis. Les états américains, ont été
aux prises avec le problème des surpopulations de chevreuils, depuis pas
mal plus longtemps que le Québec.
Certains états ont fait de douloureuses expériences, avec un type de gestion en particulier: la Quality Deer Management. Voici quelques exemples que j'ai relevé en furetant sur l'internet.
Certains états ont fait de douloureuses expériences, avec un type de gestion en particulier: la Quality Deer Management. Voici quelques exemples que j'ai relevé en furetant sur l'internet.
La Californie
En Californie,
le California Department of Fish and Games a établi une restriction sur
le nombre de pointes, que devait comporter les chevreuils récoltés. La
réglementation ''three-points-on-one-side'' a été mise en œuvre, au début des années 50's.
D'une part, le département s'est rapidement rendu compte, que de
nombreuses carcasses de chevreuils, ne rencontrant pas le standard
légal, étaient laissées sur le sol par les chasseurs, de peur de payer
l'amende salée imposée aux contrevenants. D'autre part il est apparu
lors de sondages auprès des chasseurs, que la récolte illégale de
chevreuils non enregistrés approchait les 100-120% de la récolte légale.
Les restrictions furent abandonnées en 1990.
L'Oregon
En Oregon. Le
Oregon Department of Fish and Wildlife, a utilisé la restriction
''4-points-on-one-side'' de 1968 à 1979. Le biologiste responsable du
projet s'est rendu compte que les chasseurs faisaient de nombreuses
erreurs, quand ils estimaient le nombre de pointes sur les chevreuils
visés. Plus de 50% de la récolte de chevreuils était illégale et laissés
en forêt à pourrir. La réglementation a été abandonnée.
Le Nevada
Au Nevada, le Nevada Division of Wildlife, a expérimenté la même réglementation à la fin des années
60's, mais l'a abandonné quand des études ont démontré, que la récolte
illégale de chevreuils était aussi importante que la récolte légale. Les
chasseurs contrevenants préféraient laisser la carcasse de l'animal en
forêt, plutôt que de déclarer leurs erreurs et payer l'amende salée
imposée.
L'Utah
En Utah, le
Utah Board of Big Game Control, a aussi institué une réglementation
''four-point-or-better'', pour la chasse au ''mule deer''.
Malheureusement les biologistes sont arrivés à la conclusion que les
chasseurs tiraient et comptaient les pointes après. (shoot and go look).
Le Colorado
Le Colorado
Division of Wildlife, a aussi essayé ce genre de restrictions et les
résultats ont été les mêmes. Les restrictions ont été abandonnées après quelques années.
Des résultats peu encourageants
Comme nous
venons de le voir, toutes les réglementations, concernant les
restrictions au nombre de pointes, n'ont pas donné de résultats très
encourageants, dans plusieurs états des États Unis.
En situation de
chasse le nombre de pointes, est souvent difficile à déterminer, surtout
dans les tirs de plus de 100 mètres à la carabine. L'angle de tir, la
luminosité ambiante faible et les mouvements de l'animal, augmentent la
difficulté de déterminer le nombre légal de pointes.
Suggestions pour remplacer la QDM
Je voudrais
discuter avec vous de quelques méthodes qui seraient utiles pour
améliorer la gestion des populations de chevreuils du Québec, comme le
veut la QDM. Je ne me présente pas ici en expert, mais il me semble que
la ''Loi du gros bon sens'', peut aussi faire l'affaire dans ce contexte.
Limiter la puissance des armes
La technologie fait aujourd'hui
partie de nos vies et celle des armes à feu est particulièrement
avancée. Dans un article récent, je faisais référence à un manufacturier
américain d'armes à chargement par la bouche, prétendant avoir une
excellente précision à 500 mètres.
Nul doute dans
mon esprit que toutes les carabines modernes munies d'un télescope bien
ajusté, peuvent tirer avec précision à plus de 300 mètres.
Quand un chasseur peut tirer à de telles distances, comment fait-il pour compter le nombre de pointes ?
En excluant
tous les télescopes, et les armes performantes de la chasse au chevreuil,
il est certain que le nombre de jeunes ''bucks'' récoltés, serait
beaucoup moindre, que ce qu'il a été dans les 10 dernières années.
Ne pensez vous
pas que le fait de tirer un chevreuil à plus de 300 mètres, pose pas mal
plus de problèmes d'éthique, que de tirer un jeune ''buck'' de 4 pointes
à l'arc, pendant la période légale de chasse à l'arc ?
Si j'avais à
choisir une arme à interdire, pour réduire le nombre de jeunes mâles
récoltés au Québec, ce serait l'arme à chargement par la bouche (ACB),
dont les performances ne sont égalées que par les carabines modernes,
dont la saison se situe exactement pendant le ''rut''.
Mais les
véritables questions, qu'il faudrait se poser sont les suivantes:
Pourquoi les ACB ont-elles une saison de chasse exclusive ? Pourquoi les
ACB, ne sont-elles pas associées aux carabines ?
Saisons de chasse au chevreuil au Québec
Les biologistes
du Québec, ont toujours traditionnellement mis, soit la saison de chasse
à la carabine, soit la saison de chasse à l'arme à chargement par la
bouche, pendant le ''rut''. Il m'apparaît évident que permettre la chasse
à la carabine et à l'ACB, pendant la période du ''rut'', augmente
nécessairement le nombre de jeunes mâles récoltés.
De plus la
longueur de la période de chasse avec ces armes performantes, a pour
effet d'augmenter significativement le nombre de jeunes mâles récoltés.
Dans certains
états américains, c'est la chasse à l'arc qui a lieu pendant la saison
du ''rut''. Est-ce mieux ainsi ? Je ne saurais vous répondre. Les
biologistes du Québec, devraient-ils reconsidérer la date du début de la
saison de chasse à l'arc ? Devraient-ils aussi reconsidérer, la longueur
des diverses saisons de chasse ?
Je ne parle
évidemment pas de l'arbalète puisque cette arme est pratiquement
défendue dans les états américains. Réservée habituellement pour les
gens âgés et les handicapés, l'arbalète n'est permise que dans 17 états
américains.
Présentement
les passions sont déchainées au Wisconsin, quand le département de la
faune a indiqué son intention de permettre l'utilisation de l'arbalète,
durant la saison de chasse à l'arc.
Puisque cette arme est permise, en même temps que l'arc au Québec depuis quelques années, les impacts ne sont pas encore tous connus, même si le nombre de chevreuils récoltés, avec cette arme est en augmentation rapide.
Puisque cette arme est permise, en même temps que l'arc au Québec depuis quelques années, les impacts ne sont pas encore tous connus, même si le nombre de chevreuils récoltés, avec cette arme est en augmentation rapide.
Limite de récolte
Au Québec, la
Loi stipule que comme chasseur, vous n'avez droit qu'à un seul chevreuil,
par année avec quelques exceptions dont l'île Anticosti. Dans certaines
zones où le chevreuil est particulièrement abondant, il est permis de
récolter une femelle selon certaines dispositions spéciales.
Pour réduire le
nombre de ''bucks'' récoltés, certains états américains ont institué
certaines règles spécifiques. À certains endroits il est nécessaire de
récolter une, deux et même trois femelles avant de récolter un ''buck''.
Il est habituel qu'un chasseur ayant récolté sa ou ses femelles n'est
pas très intéressé, à continuer à chasser pour récolter un mâle, donnant
ainsi une chance à plus de jeunes mâles d'atteindre un âge plus élevé.
Au lieu de
distribuer arbitrairement des permis de femelles comme le fait la
province de Québec, les biologistes de ces états américains, ont compris
qu'il valait mieux avantager les chasseurs.
Les biologistes
du ministère des forêts de la faune et des Parcs du Québec,
devraient peut-être utiliser, les 150 000 chasseurs du Québec, dans leurs
tentatives de contrôler les densités de chevreuils dans les zones
problèmes.
Conclusion
Il m'est apparu
rapidement à l'esprit, que les états américains, qui ont appliqué
intégralement la gestion des populations de chevreuils, telle que
préconisée par la QDM, ont connu des baisses considérables de
populations de chevreuils, qui ont entraîné des épisodes difficiles, de
relations avec les chasseurs résidents.
Lorsque appliquée
sur des populations captives, comme dans les enclos au sud de la
frontière, où la vente de forfaits de chasse avec garantie de gros
panaches, est excessivement populaire, il m'apparaît évident que la QDM
constitue dans ces cas, une politique locale de gestion acceptable des
populations de chevreuils sous leur contrôle.
Mais ce n'est
pas le cas au Québec. L'imposition de restrictions quand au nombre de
pointes, aux 150 000 chasseurs de chevreuils de la province de Québec, ne
contribuerait selon moi, qu'à introduire le phénomène d'abattage
''shoot and go look'' sur le territoire, tel que l'a connu
malheureusement les divers états américains recensés.
C'était l'opinion du blogueur en ce 26 août 2018.
André Nanook Simard













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